En 2014, une trentaine de Martinets noirs pekinensis du Palais d'été (Pékin) avaient été équipés de géolocalisateurs, offerts par des scientifiques suédois et britanniques.

Un de mes partenaires, Dick Newell (Action for Swifts, Royaume-Uni), qui participe activement au projet, vient d'annoncer une très bonne nouvelle : une partie de ces oiseaux ont été recapturés et les données ont pu être récupérées sans encombre ! Pour une analyse approfondie de ces données dans une publication scientifique, il faudra naturellement patienter, mais les partenaires ont décidé de déjà communiquer les résultats préliminaires de ce projet, sur base des 4 géolocalisateurs qu'ils ont analysés à ce stade.

Pour ceux qui comprennent l'anglais, voir ici : http://actionforswifts.blogspot.be/2015/05/beijing-swift-project-preliminary.html

Pour les autres, voici une version "condensée" de son récit et du communiqué de presse publié ce dimanche par les partenaires britanniques, chinois, suédois et belges de ce projet (mais voir le lien ci-dessus pour la carte et les photos du projet) :



Alors que les itinéraires de "nos" Martinets noirs sont déjà bien connus depuis quelques années, ceux de la sous-espèce pekinensis (synonymes de Pékin depuis 1417, quand ils y ont installé leurs nids) n’était que pure spéculation jusqu'ici. En 2014, une équipe internationale a placé des géolocalisateurs sur quelque 31 Martinets noirs pekinensis du Palais d'été. Ce 24 mai 2015, 13 de ces oiseaux ont été recapturés, et toutes les données ont pu être téléchargées avec succès.

Grâce à cette remarquable collaboration, nous savons maintenant que les martinets du Palais d'été arrivent à Pékin en avril et qu’ils entament leur long voyage postnuptial vers l'Afrique fin juillet, en empruntant un itinéraire qui les mène d'abord vers l'ouest-nord-ouest, à travers la Mongolie, puis au nord des monts Tian, puis vers le sud, en survolant l'Iran et l'Arabie centrale, pour arriver en Afrique tropicale, avant de passer les trois mois de l'hiver en Namibie et dans la province du Cap-Occidental.

Ils commencent leur migration prénuptiale en février, retraçant un parcours similaire sur le chemin du retour, et arrivent à Pékin à la mi-avril, après un voyage de plus de 13.000 km qui les voit traverser une vingtaine de 20 frontières. Il peut arriver qu’ils volent jusqu’à des altitudes faramineuses, puisque des martinets en migration ont été observés à 5.700 mètres d’altitude, au-dessus du Ladakh (Himalaya).
 
Ces informations passionnantes sont le fruit d’une collaboration entre l’association Action for Swifts (Royaume-Uni), l’université de Lund (Suède), des scientifiques pékinois et cantonais, mais aussi l’Institut royal des Sciences naturelles de... Belgique !

Les « sacs à dos » ultralégers placés sur les martinets contiennent de minis géolocalisateurs qui captent la lumière: ils enregistrent chaque jour la longueur du jour (moment du lever et du coucher du soleil) et le moment du zénith là où se trouvent les oiseaux. La position des Martinets pekinensis du Palais d'été a pu être calculée à partir de ces données, grâce à un logiciel spécial. Ces oiseaux sont bagués depuis 2007. Les nombreuses reprises de martinets bagués depuis le lancement du baguage avaient permis d’établir qu'ils étaient fidèles à leur cavité, ce qui avait permis de lancer un projet de géolocalisation. En effet, une telle analyse n’est possible que si l'oiseau survit à la migration, puisque de si petites espèces ne peuvent pas être équipées de lourdes antennes satellites. Le géolocalisateur est donc une sorte de "boîte noire".

 

Il y a 2 ans, j'avais eu la chance et le privilège d'assister à la capture du tout premier Martinet pâle équipé d'un géolocalisateur, en Italie. Ci-dessous, des photos que j'ai prises à cette occasion ((c) M. Wauters):

Geoloc_pallidus

Geolocator