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Martine(t) News, le blog de Martine Wauters (Belgique)
4 juillet 2025

Recenser les martinets : mode d'emploi

(Dernière mise à jour: 20/03/26)

 

Introduction : pourquoi recenser les martinets ?
 

  • Pour protéger les nids occupés : si nous avons connaissance de la présence de nids, nous pouvons réagir aux enquêtes publiques pour réclamer la protection du nid ou le placement de nichoirs compensatoires.  Mais aussi, si nécessaire (en dernier recours), faire arrêter un chantier en urgence (avec l’aide de Bruxelles Environnement ou du DNF, autorités régionales en la matière) et faire imposer des mesures conservatoires/compensatoires.

    Comme les martinets sont absents 9 mois par an, il est vital d’avoir accès à des données de recensements y compris lorsque les chantiers démarrent pendant leur absence. De plus, même si l’enquête publique a lieu pendant la saison de nidification, il est difficile de vérifier rapidement si des martinets occupent un bâtiment : en effet, les adultes nicheurs sont très discrets : ils entrent silencieusement dans leur cavité, à 60 km/h, et y restent tapis, sans bruit, même lorsque des ouvriers travaillent à côté.

    J’ai même connu un cas où quelqu’un avait délicatement introduit un mètre pliant dans un trou de boulin et où le martinet n’avait pas bronché, il n’était sorti qu’une minute plus tard ! Dans un autre cas, les martinets sont restés tapis dans une corniche jusqu’au moment où les ouvriers enlevaient la planche juste au-dessus d’eux !


Les travaux menés en pleine saison de nidification peuvent donc entrainer des drames méconnus : il est fort probable que des martinets soient murés vivants… Et VOUS pouvez aider à éviter de tels drames par vos recensements!

 

  • Pour aider à faire respecter la législation (Ordonnance relative à la protection de la nature en Région bruxelloise, Loi sur la conservation de la nature en Région wallone): en effet, celle-ci protège non seulement les martinets, mais aussi leurs nids… y compris en dehors de la saison de nidification ! Comme une clause stipule que nul ne peut détruire “intentionnellement” les nids, il est essentiel que des recensements permettent de faire connaître l’emplacement précis des cavités occupées: il ne suffit pas de dire ou d'écrire "il y a des martinets dans cette église"!

    C’est ainsi qu’une des plus grosses colonies de Belgique, au Cinquantenaire (Bruxelles) a pu être protégée :  j’avais signalé sa présence à Bruxelles Environnement et à la Direction des Monuments et Sites. Quelques années plus tard, cette dernière m’a contactée parce qu’elle avait reçu une demande de permis d’urbanisme pour la réfection de toutes les toitures du Cinquantenaire. Elle m’a donc demandé de la conseiller sur les clauses à intégrer au permis pour que les nids soient préservés et que les martinets ne soient pas perturbés. Grâce à cela, les travaux n’ont pas pu se dérouler à l’emplacement de la colonie pendant la saison de reproduction et les orifices ont pu être préservés. Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres, dans toute la Belgique.


    Précision importante : les martinets sont fidèles à vie à leur cavité. Si vous en avez déjà encodé une, vous vous dites sans doute que cela suffit de l’encoder une fois. Or, il importe de vérifier la présence des martinets et de l’encoder (presque) chaque année. Faute de quoi, certaines autorités nous disent que cela ne suffit pas pour imposer des mesures !

 

  • Par intérêt scientifique (pour les atlas des oiseaux nicheurs par exemple) 
  • Parce que certaines autorités réclament des chiffres pour « voir l’intérêt de protéger cette espèce » : les données de recensement établissent en effet le statut de chaque espèce. A l’heure actuelle, faute de données suffisantes (peu d’ornithos encodent ce genre de données, vu la difficulté), le degré d’urgence est, sans aucun doute, très largement sous-estimé.

 


Quoi qu’il en soit…
 

“Chaque petit geste compte.”

“Tout ce que vous faites a un impact,
à vous de décider quel genre d’impact vous voulez avoir.”

(Dr. Jane Goodall, primatologue, éthologue, Messagère de la paix des Nations unies,
mais aussi Marraine de la Journée mondiale des martinets)

Jane Goodall, grande amie des martinets. Copyright: Martine Wauters.

Chaque nid signalé est un
geste qui compte!

 

Méthodologie :
Devenez des "Sherlock Holmes des martinets"

Indices :

1) Cavités de nidification potentielles (fissures et trous)

2) Comportements spécifiques

3) Indices sonores

4) Fientes

5) Cadavres

6) Autres espèces

 

Où encoder vos observations?

Avant de vous lâcher sur le terrain : 

Quelques conseils : attitude et communication

 

1) Cavités de nidification potentielles (fissures et trous)

Pour savoir où regarder, il faut apprendre à « se mettre dans la peau d’un martinet », à réfléchir comme un martinet. Grosso modo, ils sont susceptibles de s’introduire dans n’importe trou ou fissure (parfois invisible à l’œil nu !) situé à 5m de haut ou plus, généralement dans le haut des bâtiments,… mais des exceptions existent : il arrive que des martinets nichent bien plus bas !

Vous devez notamment tenir à l’œil :

  • les tuiles ou planches de rives (qui établissent la jonction entre la toiture et le mur mitoyen),
  • les trous de ventilation,
  • les trous de boulin,
  • les corniches (notamment les coins et les zones autour des descentes de gouttière)
  • les espaces autour des fenêtres supérieures (linteaux, appuis de fenêtre, boîtiers de volets roulants),

Mais il existe d’autres cas de figure… parfois très improbables ! Voici une photo à titre d’exemple :

Site de nidification de Martinets noirs (Apus apus)
Plusieurs couples de martinets nichent dans cette céramique murale, à Torhout (Belgique). Ce site de nidification insolite a été découvert par Willy Vermeersch. Copyright: Martine Wauters.

 

2) Comportements spécifiques

2.1 Les entrées des adultes nicheurs :

Les nicheurs rentrent au nid en volant à 60-70 km. Avant, ils amorcent (généralement) une courbe caractéristique autour du site. Sans doute pour vérifier qu’il n’y a pas de prédateur à proximité, ou qu’ils ne sont pas suivis par des martinets immatures en quête d’une cavité pour la prochaine saison : ces jeunes « exploreurs » apprennent en effet en suivant et imitant les adultes nicheurs… et ils essaient, « tant qu’à faire », de leur piquer leur place.

 


A quelques très rares endroits (certaines cavités du Cinquantenaire et de St Antoine de Padoue à Forest), ils rentrent « comme des hélicoptères » : ils « se posent » puis entrent dans leur cavité en rampant.
 

2.2 Les sorties du nid :
 


Les martinets nicheurs plongent la tête la première puis, souvent, volent en zigzag sur une trajectoire rectiligne, pendant plusieurs secondes. Probablement pour éviter de se faire attraper par un prédateur.


Attention : un martinet qui sort en marche arrière n’est jamais un adulte nicheur : c’est un « exploreur », immature en prospection, qui entre à mi-corps puis sort à reculons.



2.3 De l'utilité des effleureurs ("bangers")


Les immatures de différents âges viennent chez nous uniquement pour faire de la prospection active (s’ils ont 2 ou 3 ans) - en vue de la saison suivante ou pour « suivre la bande » en criant (s’ils n’ont qu’un an). Les immatures qui cherchent le plus activement arrivent 1 ou 2 semaines après les nicheurs. Les plus jeunes n’arrivent que mi-juin.

Les plus jeunes se contentent de tourner autour du quartier en criant (« rondes sonores »). Leurs aînés vont régulièrement effleurer (d’où leur surnom) des endroits précis, voire s’accrocher (l'illustration ci-dessus est une "synthèse" d'une vidéo de plusieurs minutes; elle montre clairement la "popularité" de ce coin de corniche, ce qui permet de déduire qu'il y a une cavité occupée à cet endroit). Il arrive même que plusieurs immatures s’accrochent « en grappes » : le premier s’accroche devant un orifice, et un ou plusieurs autres s’accrochent à lui.
 



Si vous entendez alors des cris sourds (sriii !......sriii !....), c’est un adulte nicheur qui proteste à l’intérieur. Si vous entendez « sriii-sruuuu-sriiii-sruuu-sriiii », c’est que vous avez les deux partenaires d’un couple nicheur qui protestent en synchronisant leurs cris. Dans ces deux cas, vous avez donc un nid occupé. Lorsqu’il s’agit de nichoirs, on peut parfois observer qu’un voire deux adultes bouchent physiquement l’accès à la cavité.


Les immatures montent tous en altitude (1000-3000m) pour passer la nuit. Pour être sûrs de voir les adultes rentrer au nid, le mieux est donc de faire des repérages pendant la journée, pendant les rondes sonores (souvent matin et soir, parfois en plein milieu de la journée s’il fait beau et chaud), puis de vérifier l’entrée des nicheurs entre chien et loup (certains rentrent même juste après l’allumage de l’éclairage public, alors qu’on aperçoit les premières chauves-souris). Certains nicheurs attendent le départ des immatures pour sortir chasser une dernière fois. Début juillet, il faut donc attendre jusque vers 22h30.

 

2.5 Les bagarres

Les nicheurs peuvent se bagarrer avec un intrus pendant des heures - à l’intérieur du nid, à l’extérieur et dans les airs. De temps en temps, le vainqueur maintient le vaincu la tête en bas pendant quelques heures.




2.6 Les "frimousses blanches"

Peu avant l’envol, les juvéniles vont pointer leur « frimousse blanche » à l’entrée du nid. (Ce n’est pas toujours visible, comme l’orifice est souvent très mince)


3) Les indices sonores


 

  • Rondes sonores : Sriiiiisriiiisriiiiisriiiisriii!
    Fichier sonore ici.

     
  • Cris vigoureux poussés depuis l'intérieur du nid = 1 nicheur réagissant aux rondes sonores et/ou aux tentatives d'intrusions : Sri!   Sri!   Sri!   Sri!
     
  • Cris vigoureux poussés depuis l'intérieur du nid = 2 nicheurs (mâle = sruuu, femelle = sriii) réagissant aux rondes sonores et/ou aux tentatives d'intrusions. : Srii-sruuusriiiisruuuusriii! 
    Fichier sonore ici.

 

  • Poussins dans le nid (généralement inaudibles, sauf si on est à une fenêtre située à proximité immédiate d'une cavité/d'un nichoir : Prrrriiiprriiiiiprrrriii! 
    Fichier sonore ici.

 

 

4) Fientes

Les fientes de martinets ressemblent à des cendres de cigarettes. Si vous les écrasez, elles partent en miettes, parce qu’elles sont exclusivement composées de chitine (carapaces d’insectes). Si l’orifice de la cavité est très mince, on peut parfois retrouver des fientes au pied du mur (à condition qu’il ne soit pas sous les rives, auquel cas, elles tombent sur la toiture voisine).
 

Entre début et mi-juillet, vous avez plus de chances d’en trouver, parce que les jeunes sur le point de « faire le grand saut » de leur baptême de l’air vont souvent fienter dehors. Je dis bien souvent, et pas toujours. Donc, l’absence de fiente ne signifie pas qu’il n’y a pas de nid. Mais cette méthode est un moyen facile, rapide… et amusant de repérer des nids.

 

5) Cadavres

Il arrive qu’un martinet veuille s’installer dans un nid (anciennement) occupé par des moineaux. Comme ces derniers ont tendance à accumuler beaucoup de matériaux et que certains sont des longs fils, le martinet risque de se pendre en sortant, puisqu’il plonge la tête la première.

 

6) Autres espèces


Les martinets savent que les moineaux et les étourneaux (mais aussi les Rougequeues noirs, les Mésanges bleues et charbonnières… et quelques autres, comme les Grimpereaux des jardins... et même des Perruches à collier!) occupent le même genre de cavités qu’eux. Cela vaut donc la peine de surveiller les bâtiments occupés par ces espèces, parce qu’il arrive que les martinets chassent les occupants pour s’installer, par exemple si leur propre cavité a disparu à la suite de travaux… et l’inverse est vrai aussi : d’autres espèces profitent de l’absence des martinets pendant l’hiver pour prendre leur place. Autre cas observé régulièrement : les « habitats partagés » : les étourneaux nichent en début de saison et les martinets s’installent après, à leur retour. Si les étourneaux ont du retard, c’est la bagarre.

Autre cas de figure : dans un même bâtiment, on peut avoir des nids de plusieurs espèces différentes sous les rives, on peut même avoir plusieurs espèces qui entrent par le même orifice et qui ont leur nid à différents endroits. Donc, en repérant, par exemple, un moineau qui piaille au-dessus de son nid (l’espèce est tout sauf discrète, contrairement au martinet !), on peut avoir la chance de repérer un ou plusieurs nids de martinets dans le même bâtiment.

 

Quand recenser ?

Repérages des zones intéressantes via les prénicheurs : dès la mi-mai, chaque fois qu’il y a des rondes sonores : où que vous soyez, ouvrez l’œil et repérez où les « bandes de jeunes » effleurent des hauts de façades à (presque) chaque passage !

Surtout le matin entre 8 et 10h environ, et le soir à partir de 20h30-21h (parfois vers le milieu de la journée). (Variable selon la météo, pas quand il y a trop de vent).
 

À tout moment de la journée :
Vous voyez un martinet « zigzaguer » dans le vol typique d’un individu qui quitte son nid ?
Repérez plus ou moins de quelle zone de la rue il venait, puis retournez-y à la tombée de la nuit, vous trouverez alors plus précisément où il niche.

Fientes :  environ entre le 10 et le 21 juillet, à n’importe quel moment de la journée (matin, midi ou soir). Parfois plus tôt (2025 : dès le début du mois de juillet).
C’est la preuve absolue qu’il y a un nid avec jeunes sur le point de prendre leur envol juste au-dessus (pour préciser exactement où – trou de boulin, corniche ou autre-, allez observer à la tombée de la nuit).

 

Où encoder vos observations?

  • Observations.be reste l’outil le plus (re)connu, y compris par les autorités régionales chargées de faire respecter la protection des nids. Mais il présente une série de défauts : il n’incite pas l’observateur à noter précisément l’adresse et la position exacte de l’orifice. Or, en cas de travaux, il est essentiel d’avoir ces informations. Il importe donc que vous notiez ces informations (photo de l’orifice à l’appui, c’est une précision très utile !) De plus, il est peu pratique si l’on veut exploiter les données en produisant des listes (Excell) à transmettre au service Urbanisme d’une commune ; si vous voulez communiquer ces données, vous devrez donc réaliser un tableau Excell classé par rues en fin de saison.
  • Le GTM a donc conçu un formulaire Google : encodagemartinets.natagora.be
    (Mais toutes les autorités n’ont pas d’accès automatique aux données, ce qui peut poser problème en cas de chantier menaçant une cavité)
  • Autre option : utiliser l’application anglaise SwiftMapper, qui permet ensuite de visualiser précisément les nids occupés, les nichoirs occupés, les nids disparus,…

A l’heure d’écrire ces lignes, observations.be reste la moins mauvaise option (valeur légale en cas de chantier problématique)… moyennant les deux précisions ci-dessus.

 

Si vous encodez sur observations.be, pour faciliter le pointage du bon bâtiment sur la carte, optez pour l'affichage "Streets", qui vous permet de visualiser le nom des rues et le numéro des bâtiments: cliquez sur l'icône entourée sur e dessin de gauche ci-dessous, puis sur "Streets":


 

Quelques conseils : attitude et communication

N’oubliez pas que vous allez souvent faire vos recensements en ville, dans des rues résidentielles, au milieu de maisons habitées. Une certaine déontologie est donc de mise :

  • discrétion, ne pas pointer de jumelles sur un bâtiment,… Personnellement, je me poste un peu à l’écart du bâtiment, dans une position qui me permet de donner l’impression que je regarde lus haut vers le ciel alors que je regarde en fait vers le haut des bâtiments
  • Il peut aussi être utile de porter un vêtement vous identifiant comme ornithologue en plein recensement, ainsi que de vous munir d’un document illustré (brochure,…) pour montrer aux curieux ce que vous observez ou cherchez à observer. Emporter une silhouette grandeur nature du martinet (en carton ou en bois) peut aussi être très utile, vous pouvez la trouver sur le site de la Journée mondiale des martinets : www.worldswiftday.org > Take action > Resources. Lien direct : https://www.worldswiftday.org/wp-content/uploads/2022/06/Swift-Mascot_MSF_SWF.pdf

En vous équipant suivant ces conseils, vous ferez d’une pierre deux coups : vous éviterez de vous attirer des ennuis (habitants méfiants voire agressifs parce qu’ils croient que vous les espionnez) et vous profiterez de vos rondes pour sensibiliser et informer vos interlocuteurs.

 

Bons recensements, et n'oubliez pas: chaque nid recensé est un geste qui compte BEAUCOUP pour la protection des martinets! N'oubliez pas non plus de tenir à l'œil toute l'année les nids que vous avez recensés pendant la saison de nidification : si vous voyez apparaître un avis d'enquête publique (affiche jaune en Wallonie, rouge à Bruxelles), prenez le temps de vérifier s'il ne concerne pas un bâtiment où vous avez repéré un ou plusieurs nids et, si c'est le cas, réagissez à l'enquête en signalant la présence de nids, avec la justification que la législation précitée impose la protection des nids. Vous pouvez aussi nous transmettre l'information si vous préférez que nous réagissions en tant que Natagora (martinets@natagora.be).

 

Merci d'avance... pour la survie des martinets!

 

 

 

 

 

 

Commentaires
Martine(t) News, le blog de Martine Wauters (Belgique)
  • Le Martinet noir et d'autres oiseaux citadins nichent dans les cavités des bâtiments. Or, nous rénovons et isolons de plus en plus. Incompatible? Pas nécessairement! Ce blog vise à vous en convaincre, par des exemples très concrets. Martine Wauters, BXL
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